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La réanimation sert-elle à quelque chose ?
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Article

H. Wunsch et al, Use of Intensive Care Services during Terminal Hospitalizations in England and the United States.
Am J Respir Crit Care Med 2009, 180, 875-880
Question évaluée : Comparer l’utilisation de réanimation pour les patients décédant au cours d’un séjour hospitalier entre Angleterre et 7 états des Etats-Unis (29% de la population des Etats-Unis).

Type d'étude : Etude rétrospective sur bases de données administratives de 2001

Population étudiée :   Analyse de tous les patients hospitalisés en 2001 en excluant les hôpitaux de jour, les maternités, les nourrissons et identification parmi les patients décédés à l’hôpital de ceux admis en réanimation (ou high dependency unit en Angleterre) au cours du dernier séjour hospitalier.

Méthode :  Calcul des proportions en ajustant sur l’âge par tranches de 5 ans et en différenciant médecine et chirurgie. Analyses spécifiques pour 4 diagnostics médicaux (tumeurs solides, hémopathies malignes, maladies cérébro-vasculaires, pneumonies) et 3 diagnostics chirurgicaux (prothèse de hanche, chirurgie du poumon, pontages aorto-coronaires).


Résultats essentiels :  Dans les deux pays le recours à la réanimation décroit avec l’âge et est plus fréquent pour les patients chirurgicaux.

 

Angleterre

7 états des Etats-Unis

Hospitalisations pour 1000 habitants

110,5

105,3

Mortalité hospitalière (%)

4,3

3,0

Hospitalisations avec passage en réanimation (%)

2,2

19,3

Mortalité hospitalière avec passage en réanimation (%)

19,6

7,4

Mortalité pour 1000 habitants

0,9

0,9

Part des décès survenant à l’hôpital (% du total)

50,3

36,6

Part des décès survenant à l’hôpital avec passage en réanimation (% du total)

5,1

17,2

Part des décès survenant à l’hôpital avec passage en réanimation (% des décès hospitaliers)

10,1

47,1

Part des personnes de plus de 85 ans décédant à l’hôpital (%)

47,5

31,2

Part des personnes de plus de 85 ans décédant à l’hôpital avec passage en réanimation (%)

1,3

11,0




 

 


Commentaires :

La réanimation est une des dépenses importantes du système de santé des pays développés. Le vieillissement de la population va augmenter la demande. Les espérances de vie à la naissance et à 65 ans sont les mêmes en Angleterre et aux Etats-Unis. Pourtant les dépenses de santé sont bien moindres en Angleterre et la densité de lits de réanimation y est 6 fois moindre. Aussi la comparaison de la consommation d’hospitalisation aiguë et de réanimation entre ces deux pays est intéressante. Si la fréquence d’hospitalisation en 2001 a été la même dans les 2 populations, et si même l’hospitalisation en fin de vie a été plus fréquente en Angleterre où il y a moins de structures médicalisées pour personnes âgées, le recours à la réanimation au cours de la dernière hospitalisation de la vie a été bien moindre en Angleterre. A noter que toutes les comparaisons ont été faites sans test puisque la totalité des deux populations a été comparée. Bien sûr cette étude a des faiblesses (étude rétrospective sur bases de données administratives, différences de nature des réanimations, absence de score de gravité, pas d’information sur la qualité des soins, pas d’information sur les décisions des médecins, des patients et des familles, pas d’information sur l’âge moyen des morts et sur leur qualité de vie,….) qui ne permettent pas de conclure sur l’utilité ou l’inutilité de la réanimation. Mais cette étude montre qu’il y a au moins deux manières très différentes de mourir pour une population : avec très peu (trop peu ?) ou beaucoup (trop ?) de consommation de réanimation, et ce qui va avec : coût financier pour la société et coût psychologique pour les patients et leur famille. Le juste équilibre est un choix politique dont il serait peut être utile de débattre avec la population concernée. Toujours plus de réanimation n’est pas toujours mieux. Finalement tout le monde meurt (0,9/1 000 habitants/an).



Points forts : Populations entières et comparables et systèmes de santé très différents

Points faibles : Rétrospectif sur énormes bases de données administratives

Implications et conclusions :

 

Il n’est jamais inutile de réfléchir à ce que l’on fait. Peut-être même faudrait-il faire participer la population et les décideurs ?




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Commenté par le Dr Hervé MENTEC le 13/01/2010

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