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| TEXTE DES EXPERTS: - QUELLES SONT LES INDICATIONS ET LES MODALITES DE L'INTUBATION DANS LA CAAG? (CHOIX DE L'INTUBATION, LA TECHNIQUE, CHOIX DES PRODUITS POUR UNE EVENTUELLE INDUCTION OU SEDATION-ANALGESIE PREALABLE) - QUELLE EST LA PLACE ACTUELLE DES HALOGENES, DE L'HELIOX?
- MODALITES DE LA NEBULISATION CHEZ LE PATIENT VENTILE. |
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| M.
FAYON*
QUELLES SONT LES INDICATIONS ET LES MODALITES DE L'INTUBATION DANS LA CAAG? (CHOIX DE L'INTUBATION, LA TECHNIQUE, CHOIX DES PRODUITS POUR UNE EVENTUELLE INDUCTION OU SEDATION-ANALGESIE PREALABLE) a) indications
Il n’y a pas d’étude contrôlée sur
les indications de l’intubation dans l’asthme aigu grave
(AAG) de l’enfant. Comme chez l’adulte, la majorité
des experts pédiatres recommande de n’avoir recours à
la ventilation mécanique qu’en dernier recours, car elle
est jugée dangereuse (1-3) [C]. Les indications indiscutables
sont un arrêt cardiaque ou réspiratoire présent
ou imminent ; les indications habituellement recommandées chez
l’enfant de plus de 4 ans sont les signes cliniques d’alarme
rappelés dans le tableau 1 de F Adnet : détérioration
rapide de l’état neurologique, hypoxémie sévère
persistante, collapsus ou bradypnée et non les données
gazométriques [C]. b) technique Il n’y a pas d’étude pédiatrique contrôlée sur le sujet. L’intubation à l’aide d’une sonde d’intubation à ballonnet est recommandée (quel que soit l’âge) [C]. Il faut noter que Cox et coll. (7) préconisent l’utilisation chez les enfants de moins de 9 ans, d’une sonde d’intubation du diamètre théoriquement adapté à l’âge ou la taille de l’enfant + 0,5 [B]. Une intubation oro-trachéale est suggérée par les mêmes auteurs, elle pourra être suivie ultérieurement d’une intubation naso-trachéale pour le confort de l’enfant, à condition de pouvoir utiliser le même diamètre de sonde (7) [B]. c) choix des produits Comme chez l’adulte, ont été suggérés : séquence rapide avec pré-oxygénation, atropine, kétamine et célocurine (1mg/kg) [C]. En revanche, une anesthésie locale par xylocaïne en spray n’est pas recommandée dans ce contexte. Une association est possible avec d’autres agents : benzodiazépines (midazolam), hypnotiques (Propofol) (8), voire analgésiques non-histaminolibérateurs (1, 4) [C]. De la kétamine a été utilisée en perfusion continue après l’intubation à la dose de 1 à 3 mg/kg/h (9, 10). Son emploi doit rester prudent en cas d’anoxie ischémie cérébrale préalable ou d’hypercapnie sévère, en raison de ses propriétes vasodilatatrices cérébrales [C]. QUELLES SONT LES MODALITES DE LA VENTILATION (VC, VNI, ETC...) ET QUELS SONT LES PRODUITS UTILISABLES POUR LA SEDATION CONTINUES DE CES PATIENTS ( SEDATIFS, CURARISATION) ET SES COMPLICATIONS (NEUROMYOPATHIES DE REANIMATION). Les objectifs de l'assistance respiratoire, depuis qu’ils ont été redéfinis chez l’adulte par DARIOLI et PERRET (11) sous le terme "d'hypoventilation alvéolaire controlée", sont également recommandés en pédiatrie, même si il n’existe pas d’étude randomisée contrôlée concernant différentes modalités de ventilation mécanique chez l’enfant. Il s'agit de maintenir des conditions de survie en attendant l'effet bénéfique des traitements broncho-dilatateurs et anti-inflammatoires, c'est-à-dire d'assurer une normoxie et une délivrance d'oxygène correcte aux tissus tout en tolérant une acidose gazeuse (hypercapnie permissive) parfois importante (pH = 7,10) (11, 12) 1) ventilation controlée Pour
la majorité des auteurs, l'hypoventilation alvéolaire
contrôlée est réalisée avec un respirateur
volumétrique de type adulte, utilisé en mode volume
controlé. Dans une série rétrospective non-randomisée
de 79 AAG âgés de 9 mois à 17 ans les 19 malades
ventilés l’ont été avec les paramètres
suivants (7) : 2) l’aide inspiratoire
L’aide inspiratoire endotrachale (pressure support ventilation)
a été utilisée par Wetzel et coll. (13) chez
4 patients étudiés de façon rétrospective
[B-C]. Pour trois d’entre eux, l’aide inspiratoire faisait
suite à une ventilation mécanique en mode pression controlée.
La PEEP était ajustée à 3 cmH20 et le niveau
moyen d’aide inspiratoire utilisé était de 27
cmH20, alors qu’en pression controlée le niveau moyen
était de 40 cmH20. Les gaz du sang n’étaient pas
différents dans les 30 minutes qui suivaient le changement
de mode ventilatoire, mais se normalisaient en 2 à 6 heures
(médiane 4.25). Pour ces 4 patients, l’évolution
a été favorable. Chez 2 autres patients âgés de 3 ans et de 9 ans, la ventilation par aide inspiratoire a également permis de réduire la pression maximale inspiratoire (respectivement de 60 à 48 cm H20 et de 55 à 50 cm H20) (14). 3) autres modalités de ventilation mécanique endotrachéale Deux cas cliniques anecdotiques rapportent l’utilisation de la jet ventilation (15) et de l’oscillation à haute fréquence (16) en pédiatrie. 4) ventilation non invasive Dans un article de revue, (4) l’utilisation de la ventilation au masque en mode BiPAP est préconisée chez des enfants asthmatiques, à un stade précoce de la crise, à condition que les patients soient coopérants et en l’absence d’hypoxémie sévère (expérience personnelle des auteurs). Aucune valeur de pression n’est signalée. Aucune recommandation ferme ne peut être donnée quant à ce mode de ventilation [C].
Surveillance Une surveillance gazométrique artérielle régulière à l'aide d'un cathéter artériel est indispensable. La visualisation des courbes de débit et de pression, la surveillance du volume télé-expiratoire qu'offrent certains respirateurs, de même que les possibilités de mesurer la PEP intrinsèque, permettent d'apprécier l'importance du piégeage expiratoire et sont des appoints utiles dans le réglage toujours délicat de la ventilation mécanique des AAG (4) [C]. Sédation et curarisation Au stade initial de la ventilation mécanique d’un AAG, lorqu’une fréquence très lente (? 12/mn) est souhaitée, il est nécessaire, pour éviter que le patient ne lutte contre le respirateur, d’utiliser une sédation importante par benzodiazépines qui peuvent être associées à une perfusion continue de Kétamine (9, 10). Une relaxation musculaire complète par curarisation (Vécuronium) peut être nécessaire. d) complications Les principales complications de l’intubation et de la ventilation mécanique d’un AAG sont les mêmes chez l’enfant et chez l’adulte ; elles sont dominées par les conséquences de l’hyperinflation dynamique. Si la survenue d’une hypotension est peu documentée dans le littérature pédiatrique, la survenue d’un pneumothorax est relativement fréquente (10 à 18 %) dans des séries rétrospectives d’enfants asthmatiques ventilés qui restent peu importantes (? 20 patients) (7, 17). Dans ces deux séries le taux de décès est nul. En France, dans une enquête portant sur les années 1992-93, les 3 décès observés parmi 21 enfants ventilés étaient secondaires à une anoxie pré-hospitalière (18) [B] . Plusieurs cas d’atélectasie ont été notés (7). Il n’y a aucune publication sur l’utilité de la kinésithérapie respiratoire chez l’enfant asthmatique intubé. Une neuro-myopathie aigue a été décrite dès 1974 chez l’enfant (maladie poliomyélite-like) et plusieurs cas isolés ou séries ont été rapportées depuis (19-23). Le faible nombre de publications laisse penser que ce syndrome aurait une incidence plus faible chez l’enfant que chez l’adulte [C]. Bien que la physiopathologie de ces complications neurologiques reste mal connue, il apparait sage de recourir ˆ une curarisation - lorsque celle ci est nécessaire - aussi courte que possible, afin d’en limiter le risque de survenue (3) [C]. Au total, malgré la survenue possible de complications secondaires l’hyperinflation, la mortalité de la ventilation mécanique reste exceptionnelle chez l’enfant asthmatique [B]. e) Thérapeutiques adjuvantes Quelques cas anecdotiques de thérapie par le rhDNAse (mucolytique) intratrachéale (24-27), l’instillation de surfactant exogène (28), l’assistance respiratoire extra-corporelle (29) et le monoxyde d’azote inhalé (30, 31) ont été rapportés dans l’AAG de l’enfant. Il n’y a pas d’argument formel pour l’utilisation de ces thérapeutiques à l’heure actuelle [C]. QUELLE EST LA PLACE ACTUELLE DES HALOGENES, DE L'HELIOX? a) Halogénés L’utilisation de vapeurs anesthésiques dans l’asthme aigu grave de l’enfant n’est rapportée que sous forme de cas cliniques, dont le nombre total ne dépasse guère la dizaine (32-38). Leur efficacité clinique semble bonne, quel que soit l’agent utilisé (halothane, isoflurane et éthrane) à des concentrations allant jusqu’à 3%,. On observe les mêmes effets secondaires que chez les adultes (39, 40). Lorsque les thérapeutiques habituelles se sont révélées inefficaces, il apparait logique de proposer pour l’enfant les mêmes recommandations que celles formulées pour l’adulte (Dr Chevrolet) [C]. b) Héliox Il existe deux études de niveau [B] incluant un petit nombre d’enfants, évaluant l’intérêt de l’héliox administré en ventilation spontanée dans l’asthme aigu grave. La première, publiée en 1996 par Carter et coll. (41) incluant 11 patients âgés de 5 à 18 ans, était prospective en double aveugle avec crossover. L’hélium a été administré pendant 15 mn (durée très limitée) à une concentration de 70% (30% d’oxygène). L’inhalation d’Héliox n’a pas entraîné de bénéfice quant au score clinique, au score de dyspnée, à la saturation en oxygène, à la fréquence cardiaque et à la fréquence respiratoire, ainsi qu’aux paramètres fonctionnels respiratoires. Il faut cependant souligner qu’il s'agissait d'enfants dont la crise était peu sévère. La deuxième étude prospective randomisée en double aveugle (42), incluait 18 patients asthmatiques âgés de 16 mois à 16 ans avec un pouls paradoxal > 15 mmHg. Un mélange d’Héliox à 80% (20% d’oxygène) a été administré pendant 15 mn. Un effet favorable a été noté sur le pouls paradoxal, le débit expiratoire de pointe (augmenté de 70%) et l’index de dyspnée qui s’est abaissé de 5,7 à 1,9. Une troisième étude rétrospective cas-contrôle a inclu 11+11 patients âgés de 3 à 70 ans pour les cas, et de 1 à 81 ans pour les témoins (43).. Cette étude portait sur des malades soumis à une ventilation mécanique. L’Héliox à raison de 80% (20% d’oxygène) a été administré pendant les deux premières heures de ventilation. Ceci a permis d’améliorer le gradient A-a (de 216 à 85 Tor) dans le groupe Héliox uniquement. Par ailleurs, la FiO2 a pu être abaissée de 0,8 à 0,4 dans le groupe Héliox. En conclusion, Il n’y a pas de preuve suffisante pour proposer d’utiliser systématiquement de l’Héliox dans la crise d’asthme de l’enfant. En revanche, les indications limitées proposées par Chevrolet chez le malade en ventilation spontanée et soumis à une ventilation mécanique peuvent être transposées à l’enfant. MODALITES DE LA NEBULISATION CHEZ LE PATIENT VENTILE Il n’y a pas d’étude clinique évaluant l’efficacité des nébulisations de bronchodilatateurs chez l’enfant ventilé. Les études ont été réalisées in vitro sur des modèles de poumons en ventilation mécanique : - la dose de médicament délivrée à la sortie du circuit respiratoire dépend du diamètre de la sonde d’intubation : pour une dose délivrée constante, il faut quadrupler la dose souhaitée en présence d’une sonde d’intubation n°4 et doubler la dose souhaitée si on utilise une sonde n°6. La dose délivrée dépend également de la mécanique ventilatoire (en fonction des paramètres choisis, dépôt de 1,4 à 9,1% de la dose nominale (44-46) (Toutes ces études proviennent de la même équipe). - les gaz HFA (hydrofluoroalkane) ont déjà été utilisés dans un simulateur de poumon avec filtre inspiratoire. Il s’avère que l’on peut augmenter la dose disponible pour l’enfant avec ce gaz vecteur. Par ailleurs, la taille de la chambre influence peu la dose déposée au niveau du filtre (47) [C]. - Il semblerait que les chambres d’inhalation avec spray soient plus efficaces que les nébulisations (49). Au total, comme l’indique les auteurs d’une méta-analyse portant sur des enfants et des adultes asthmatiques en ventilation mécanique, aucune recommandation ne peut être formulée en faveur ou à l’encontre de cette voie thérapeutique (48). Etant donné la multitude de paramètres à prendre en considération (mode de ventilation, circuit du respirateur, système de nébulisation, paramètres physiologiques du patient, médicaments à administrer, humidification, état infectieux du patient, etc...), les plus grandes réserves doivent être exprimées vis à vis des nébulisations chez le patient ventilé, tout particulièrement chez le jeune enfant. 1.
DeNicola LK, Monem GF, Gayle MO, Kissoon N. Treatment of critical status
asthmaticus in children. Pediatr Clin North Am 1994;41:1293-324. |
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