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F.
FEIHL*, MD. SCHALLER**
*Division de Physiopathologie
Clinique
BH19-317
tel 0041 21 314 14 23
fax 0041 21 314 14 32
e-mail Francois.Feihl@chuv.hospvd.ch
**Division
des Soins Intensifs de Médecine
tel 0041 21 314 16 31
fax 0041 21 314 13 84
e-mail Marie-Denise.Schaller@chuv.hospvd.ch
________
Centre
Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV)
CH-1011 Lausanne
ACCES
DIRECT AUX CHAPITRES |
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AUTRES
TEXTES D'EXPERTS |
| ADULTE |
- A.
Tenaillon, Ph. Aegerter: Epidémiologie
de l'asthme aiguë grave.
- S.
Salmeron, ML. Robin, L. Kettaneh, FX. Blanc: Quelles
sont les modalités d'administration des
béta-2 agonistes dans la crise d'asthme aiguë
grave ? (Voie d’administration,
Posologie, Tolérance, Durée).
- P.
Plaisance, C. Soleil:
Quelles sont les indications et modalités d'administration
des thérapeutiques adjuvantes et alternatives suivantes
dans la dans crise d'asthme aiguë grave ?
- D.
Perrotin: Quelles sont
les indications et modalités d'administration en première
intention: des gluco-corticoïdes, du bromure d'ipratropiumdans
crise d'asthme aiguë grave ?
- JC.
Chevrolet: Emploi
de mélanges hélium-oxygène et des agents
volatils dans l'asthme aiguë grave.
- JM.
Berthezene: Existe-t-il
de nouveaux critères relatifs au terrain, à
l'anamnèse, aux données cliniques ou paracliniques
qui permettent d'évaluer ou de présager de la
gravité d'une crise d'asthme? Existe-t-il des scores
de gravité ou de suivi évolutif validés
dans la crise d'asthme aiguë grave ?
- F.
Adnet: quelles sont les
indications et les modalités de l'intubation trachéale
dans la crise d'asthme aiguë sévère en
phase pré-hospitalière et à l'hôpitald?
quelles
sont les modalités de la sédation préalable
lorsqu'elle est nécéssaire?
- F.
Abroug, S. Nouira: Quelles
sont les indications et modalités d'administration
en 1ère intention de l'oxygène et de l'adrénaline?
- PF.
Dequin: Quelles sont les
modalités de la nébulisation chez le patient
ventilé pour crise d'asthme aiguë grave?
|
ENFANT |
- S.
Leteurtre: Quelles sont
les modalités d'administration des béta-2 mimétiques
dans l'asthme aiguë de l'enfant?
- S.
Laberge:
Existe-t-il de nouveaux critères relatifs au terrain,
à l'anamnèse, aux données cliniques ou
paracliniques qui permettent d'évaluer ou de présager
de la gravité d'une crise d'asthme? Existe-t-il des
scores de gravité ou de suivi évolutif validés
dans la crise d'asthme aiguë grave ?
- A.
Labbe: Modalités
d'administration en première intention de l'oxygénothérapie,
des glucocorticoïdes, du bromure d'ipratropium, de l'adrénaline.
Quelles sont les indications et les modalités d'administration
des thérapeutiques adjuvantes et alternatives dans
la crise d'asthme aiguë grave?
- M.
Fayon, P. Hubert: Quelles
sont les indications et lesmodalités de l'intubation
dans la CAAG (Choix de l'intubation, la technique, le choix
desproduits pour une éventuelle induction ou sédation-analgésie
préalable). Quelles
sont les modalités de la ventilation (VC,
VNI, etc...) et quels sont les produits utilisables pour la
sédation continue de ces patients (sédatifs,
curarisation...) et ses complications (neuromyopathie de réanimation).
Quelle est la place actuelle des halogénés,
de l'héliox ? Modalités de la nébulisation
chez le patient ventilé (texte n°1)
- M.
Fayon, P. Hubert: Quelles
sont les indications et lesmodalités de l'intubation
dans la CAAG (Choix de l'intubation, la technique, le choix
desproduits pour une éventuelle induction ou sédation-analgésie
préalable). Quelles
sont les modalités de la ventilation (VC,
VNI, etc...) et quels sont les produits utilisables pour la
sédation continue de ces patients (sédatifs,
curarisation...) et ses complications (neuromyopathie de réanimation).
Quelle est la place actuelle des halogénés,
de l'héliox ? Modalités de la nébulisation
chez le patient ventilé (texte n°2)
|
|
A
l'inverse de ce que l'on observe dans d'autres formes d'insuffisance
respiratoire, la ventilation artificielle dans l'asthme grave est
souvent différée et utilisée en dernier recours
lorsque tous les autres moyens thérapeutiques ont échoué.
Plusieurs séries rapportent une fréquence d'intubation
inférieure à 10% chez les patients hospitalisés
pour crise d'asthme (1-3), ce qui traduit bien cette attitude restrictive.
Celle-ci s'explique par les difficultés rencontrées
à ventiler ces malades et par la fréquence des complications
de la ventilation mécanique dans ces circonstances (4). Pour
en comprendre les raisons, il est utile de rappeler les conséquences
de l'obstruction bronchique grave sur la mécanique respiratoire.
MECANIQUE
RESPIRATOIRE
La crise d'asthme grave est caractérisée par une hyperinflation
pulmonaire qui peut dans les cas extrêmes entraîner une
augmentation de la capacité pulmonaire totale au double de
la normale. Le mécanisme de cette hyperinflation est essentiellement
lié à une limitation critique du flux expiratoire qui
dépend de plusieurs facteurs (5). La force de rappel élastique
pulmonaire diminue (6, 7) par un mécanisme qui n'est toujours
pas entièrement élucidé. A cela s'ajoute une
augmentation de la force d'expansion de la paroi thoracique due à
la persistance durant l'expiration de l'activité des muscles
inspiratoires (8). I1 résulte de ces altérations de
la mécanique une réduction de la force disponible pour
l'écoulement gazeux durant l'expiration alors même que
les résistances à l'écoulement sont fortement
accrues en raison d'une diminution du calibre des voies aériennes
et peut-être aussi d'un rétrécissement de l'ouverture
glottique au cours de l'expiration (9).
Ces conditions particulières induisent une augmentation notable
de la constante de temps mécanique du système respiratoire
et une prolongation marquée de l'expiration au point que l'inspiration
suivante survient avant que le volume pulmonaire ait retrouvé
sa position d'équilibre. I1 s'ensuit que la pression alvéolaire
en fin d'expiration demeure positive, un phénomène décrit
sous le terme d'auto-PEEP ou de PEEP intrinsèque (10, 11).
La valeur de l'auto-PEEP et le degré d'hyperinflation dépendent
directement du volume courant et de la constante de temps du système
respiratoire et varie en fonction inverse du temps expiratoire.
Une autre caractéristique du poumon asthmatique en crise aiguë
est son extrême inhomogénéité sur le plan
mécanique (12) due à la distribution inégale
de l'obstruction bronchique, qu'elle soit anatomique (sécrétions,
œdèmes, spasmes) ou dynamique, en rapport avec la compression
exercée sur les voies aériennes distales par la pression
positive intrathoracique. On peut ainsi schématiquement décrire
le poumon de l'asthme grave comme constitué de quatre compartiments
placés en parallèle (figure
1):
le compartiment A qui désigne un territoire sans obstruction
bronchique ni auto-PEEP; le compartiment B où les voies aériennes
sont entièrement obstruées et le restent durant tout
le cycle (bouchon muqueux); le compartiment C où l'obstruction
n'intervient que pendant l'expiration ce qui conduit par un mécanisme
de clapets à une surdistension alvéolaire et à
une auto-PEEP importante; l'alvéole D enfin, où l'obstruction
partielle des voies aériennes persiste tout au long du cycle
respiratoire et provoque une surdistension alvéolaire et une
auto-PEEP, mais dans une moindre mesure que dans le compartiment C.
Dans un tel système où les constantes de temps sont
très inégales, on peut attendre que la plus grande partie
du volume courant fourni par la ventilation en pression positive sera
délivré au compartiment dont les caractéristiques
mécaniques se rapprochent le plus de la normale (figure
2).
Etant donné que chez l'asthmatique, ces territoires ne représentent
qu'une très faible partie du volume pulmonaire total, on peut
se représenter ces conditions comme celles que réaliserait
la ventilation d'un poumon sain, de très petit volume, soumis
à une distension extrême par un volume courant excessif.
Une telle situation conduit obligatoirement à des troubles
majeurs de la répartition du rapport ventilation-perfusion
en déplaçant la perfusion des territoires sains vers
les zones mal ventilées. Elle a comme autre conséquence
d'augmenter gravement les risques de barotraumatisme. Finalement,
la performance cardiaque peut être compromise, avec risque d'état
de choc, voir d'arrêt cardiocirculatoire (13).
Ainsi donc, le principal problème que pose la ventilation mécanique
chez l'asthmatique est de prévenir une augmentation supplémentaire
de l'hyperinflation. Pour atteindre cet objectif, le choix du mode
ventilatoire est essentiel. A cet égard, les observations systématiques
réalisées il y a plus de 10 ans par Tuxen et Lane gardent
toute leur actualité (14). Ces auteurs ont étudié
8 patients présentant une obstruction aiguë des voies
aériennes, 5 sur crise d'asthme et les 3 autres sur exacerbation
d'une bronchopneumopathie obstructive chronique. Tous étaient
intubés, ventilés en mode volume contrôlé,
et curarisés. L'hyperinflation dynamique a été
évaluée en mesurant le volume exhalé depuis la
position téléinspiratoire au cours d'une apnée
prolongée durant 60 secondes. Les observations peuvent être
résumées de la manière suivante:
-
Pour un niveau donné de ventilation-minute, l'hyperinflation
est minimisée par la combinaison d'un bas volume courant
avec une fréquence respiratoire élevée (figure
3,
comparer les colonnes adjacentes au sein d'un groupe de 3)
-
Pour une valeur donnée du volume courant, l'hyperinflation
est d'autant moindre que le temps expiratoire est plus long, ce
que l'on peut obtenir en diminuant la fréquence respiratoire,
et donc la ventilation-minute (figure
3,
comparer les groupes de 3 colonnes entre eux).
-
A
volume courant, fréquence respiratoire, et ventilation-minute
fixes, il reste un degré de liberté sur le temps expiratoire,
qui peut être allongé au dépend du temps inspiratoire.
Lorsque celui-ci est raccourci par augmentation du débit
d'insufflation, l'hyperinflation diminue (figure
4,
comparer les colonnes adjacentes au sein d'un groupe de 3).
Ces résultats démontrent le rôle critique du volume
courant et du temps expiratoire, ainsi que les effets néfastes
d'une ventilation excessive ou d'un débit d'insufflation trop
faible sur le volume pulmonaire total; ils suggèrent du même
coup le bénéfice qu'on peut attendre d'une fréquence
respiratoire lente avec vitesse d'insufflation élevée
et volume courant restreint.
haut
de page
TECHNIQUES DE VENTILATION
En tenant compte des répercussions fonctionnelles énoncées
plus haut, on est amené à adopter les principes suivants:
— renoncer à la ventilation mécanique chaque fois
qu'elle n'est pas indispensable;
— utiliser la ventilation mécanique comme un moyen pour
améliorer le transport d'oxygène sans pour autant appliquer
des pressions trop élevées dans les voies aériennes.
Ces conditions impliquent d'accepter l'hypercapnie en optant pour
une ventilation volontairement insuffisante qui minimise l'hyperinflation,
mettant ainsi à l'abri des barotraumatismes. Cette stratégie
que l'on désigne sous le terme d'hypoventilation contrôlée
(15) ou hypercapnie permissive (16) est un compromis entre la nécessité
de corriger une hypoxémie menaçante en évitant
les risques d'une ventilation mécanique conventionnelle qui,
pour rétablir une PaCO2 normale, fait encourir à l'asthmatique
en crise des dangers plus grands que l'hypercapnie elle-même.
Ces principes ont un fondement rationnel solide et sont actuellement
admis par tous (17-24). Dans la pratique, ils se traduisent par des
recommandations qui varient quelque peu selon les auteurs (tableau
1),
sans qu'il existe d'évidence forte en faveur de l'une ou l'autre
alternative.
Le schéma en vigueur dans notre hôpital est le suivant.
La ventilation mécanique est réalisée avec un
respirateur volumétrique en utilisant une fréquence
basse (entre 6 et 10 cycles/min.) et un volume courant restreint (6
à 8 ml/kg). Le débit d'insufflation est réglé
à un niveau élevé (> à 70 l/min.) pour
raccourcir l'inspiration et prolonger au maximum le temps expiratoire.
La FIO2 est élevée (= à 0,6). Ces réglages
initiaux sont régulièrement ajustés pour obtenir
une pression de plateau téléinpisratoire (Pplat) = à
30 cm d'eau et une PaO2 au moins égale à 80 mmHg, sans
que la capnie soit un élément de décision.
Mode ventilatoire
Dans les suites de l'intubation, une ventilation contrôlée
est le plus souvent requise en raison de la sédation profonde
avec ou sans curarisation (voir plus bas) instituées pour éviter
l'agitation et la désynchronisation patient-machine que déclencherait
sinon la stratégie d'hypercapnie permissive. Le mode volumétrique
est habituellement préférable à un mode en pression.
contrôlée. Comparé au second en effet, le premier
permet, dans cette situation marquée par une auto-PEEP importante
avec une sévère augmentation de la résistance
des voies aériennes et de la constante de temps mécanique
du système respiratoire, d'insuffler le même volume courant
dans un temps plus court, ce qui allonge d'autant le temps expiratoire
avec des conséquences bénéfiques sur l'hyperinflation
(18). Il va de soi que pour une même Pplat, la pression inspiratoire
de pointe (Ppointe) sera plus importante en mode volumétrique
qu'en contrôle de pression. Cela n'est en principe pas gênant
puisque la Ppointe comprend une importante composante résistive
et par conséquent ne reflète pas la pression de distension
alvéolaire (18).
Surveillance de l'hyperinflation
Comme déjà signalé, Tuxen et collaborateurs ont
introduit l'évaluation de l'hyperinflation dynamique par la
mesure du volume exhalé depuis la position téléinspiratoire
au cours d'une apnée prolongée durant 60 secondes (VEI)
(14). Dans une série de 22 patients adultes ventilés
pour crise d'asthme, ils ont observé que cette variable, contrairement
à la Ppointe et à la Pplat, possédait une valeur
seuil (20 ml/kg) au dessus de laquelle la probabilité de complication
hypotensive ou barotraumatique augmentait notablement (figure 5) (25).
Sur cette base, ils ont proposé et testé de manière
observationnelle sur 8 sujets une stratégie consistant à
à maintenir VEI aux environs de 20 ml/kg, argumentant qu'il
était ainsi possible à la fois de réduire la
morbidité liée à la ventilation mécanique
et d'éviter une hypoventilation excessive (26).
Cette approche se heurte à la nécessité d'une
relaxation musculaire complète pour que la mesure de VEI soit
possible. Notre appréciation actuelle des risques liés
à la curarisation (voir plus bas) rend inacceptable le maintien
de celle-ci pour les seuls besoins du monitoring. De plus, il faut
souligner avec Leatherman (18) le faible nombre d'observations sur
lesquelles se base la supériorité supposée du
VEI par rapport à d'autres variables comme prédicteur
du risque de barotraumatisme (figure
5).
Dans la pratique, Pplat est la variable la plus fréquemment
recommandée pour évaluer la distension pulmonaire au
cours de la ventilation mécanique en général
(27, 28), et dans la crise d'asthme en particulier (tableau
1).
Idéalement, sa mesure nécessite une pause téléinspiratoire
de plusieurs secondes, en raison du retard d'équilibration
lié à l'extême hétérogénéité
mécanique du poumon asthmatique. Chez quelques patients asthmatiques
ventilés, Leatherman et collaborateurs ont remarqué
qu'en manipulant les réglages du respirateur pour augmenter
le temps expiratoire, on provoquait peu ou pas de baisse de la Pplat,
alors que la PEEP intrinsèque mesurée par occlusion
téléexpiratoire (PEEPi) diminuait notablement (figure
6)
(29). Cette observation suggère l'existence, documentée
par ailleurs (26), d'alvéoles communiquant avec les voies aériennes
en fin d'inspiration, mais pas en fin d'expiration (figure
1, C).
Dans de telles conditions, tant la PEEPi que le VEI sous-estimeraient
l'hyperinflation, dont le reflet le plus fidèle resterait la
Pplat. Pour cette dernière, la valeur seuil de 30 cm H2O mentionnée
à plusieurs reprises dans le tableau
1,
et que nous avons retenue dans notre pratique personnelle, se base
d'une part sur les recommendations concernant la ventilation mécanique
en général (27, 28), et d'autre part sur une série
non publiée de Leatherman et collaborateurs. Dans cette série
de 90 patients ventilés pour asthme sévère, la
Pplat moyenne était de 26 cm H2O et la fréquence des
barotraumatismes de 4% (18).
Contrairement à la Pplat, la Ppointe ne renseigne pas sur l'état
d'inflation du poumon asthmatique (figure
4),
car dans ce contexte elle dépend à un degré extrême
de la résistance des voies aériennes et du débit
inspiratoire. Il est actuellement admis que cette variable ne doit
pas être utilisée pour l'ajustement des paramètres
ventilatoires au cours de l'asthme sévère.
Rôle
potentiel de la PEEP
La littérature rapporte quelques cas d'asthme graves où
l'utilisation d'une PEEP (ou d'une CPAP) semble avoir été
bénéfique (30, 31). Ce résultat peut paraître
surprenant compte tenu du fait que la pression positive de fin d'expiration
est habituellement utilisée pour augmenter le volume pulmonaire.
Néanmoins, on pourrait théoriquement en attendre un
bénéfice si les conditions suivantes étaient
réunies:
— la PEEP externe devrait être d'un niveau suffisant pour
supprimer l'air trapping expiratoire dans les territoires où
un mécanisme de clapets (check-valves) provoque une occlusion
cyclique des voies aériennes;
— la PEEP externe devrait être suffisamment basse pour
prévenir une distension excessive des territoires où
la constante de temps est voisine de la norme. Dans une région
où le débit expiratoire est ralenti, l'application d'une
PEEP externe n'affectera que peu ou pas la pression et le volume alvéolaires
dans la mesure où son niveau restera inférieur à
la PEEP intrinsèque.
Si ces exigences contradictoires sont satisfaites, à savoir
si la PEEP est suffisamment haute pour maintenir ouvertes les voies
aériennes, mais suffisamment basse aussi pour prévenir
l'hyperinflation dans le reste du poumon, on peut attendre des effets
bénéfiques: diminution du volume pulmonaire total et
des pressions d'insufflation, amélioration de la distribution
de la ventilation.
Si en revanche, ces conditions ne sont pas satisfaites, la PEEP pourra
aggraver dangereusement l'hyperinflation pulmonaire, soit parce qu'elle
était trop faible pour recruter les territoires en aval des
voies aériennes occluses, soit parce qu'elle était trop
haute et provoquait une expansion alvéolaire supplémentaire.
Dans un travail récent, Tuxen (32) a mesuré les effets
d'une PEEP progressive sur le volume pulmonaire et les pressions dans
les voies aériennes chez 6 malades souffrant d'obstruction
bronchique sévère, dont 4 asthmatiques. Pour une ventilation
donnée, l'application graduelle d'une PEEP de 5 à 15
cm H2O produisait une augmentation proportionnelle et hautement significative
du volume de fin d'inspiration et de la CRF avec élévation
parallèle de la Pplat. Ce phénomène allait de
pair avec une augmentation de la pression œsophagienne et de
la pression veineuse centrale et une réduction du débit
cardiaque et de la pression artérielle.
De ce que l'on vient de voir, il apparaît que la PEEP a peu
de chances de réduire l’hyperinflation pulmonaire et
son emploi apparaît de peu d'intérêt au stade de
la ventilation contrôlée chez l'asthmatique grave (10,
33). En revanche, dès que les muscles inspiratoires recouvrent
quelque activité, il y a une indication à utiliser une
PEEP externe chez les malades qui démontrent une obstruction
bronchique résiduelle avec limitation du flux aérien
et auto-PEEP. En diminuant la compression aérienne et dynamique,
la PEEP externe réduit les résistances à l'expiration,
et du même coup abaisse le gradient de pression nécessaire
pour générer un flux. Ainsi, à la fin de l'expiration,
le gradient de pression entre les alvéoles et la bouche est
diminué, réduisant d'autant la charge additionnelle
de pression que le malade doit développer au début de
l'inspiration avant même de créer un flux aérien.
Cet effet de décharge sur le travail inspiratoire et le travail
respiratoire total a été démontré par
Smith et Marini (34) utilisant des PEEP externes de 5 à 10
cm d'eau chez une série de malades traités par ventilation
mécanique pour une décompensation aiguë d'une maladie
pulmonaire chronique obstructive. Il existe toutefois une variabilité
importante dans la réponse individuelle.
En résumé, la PEEP n'a pas d'indication dans le traitement
des asthmatiques soumis à une ventilation contrôlée.
En revanche, elle peut être utile lorsqu'elle est appliquée
prudemment et sous contrôle strict chez des malades en ventilation
autodéclenchée.
Sevrage
La résolution de la crise d'asthme se marque par une diminution
progressive des pressions d'insufflation à paramètres
ventilatoires constants. Lorsque la normoventilation alvéolaire
devient possible sans hyperinflation excessive (Pplat<30 cm H2O),
il est indiqué d'arrêter la sédation et d'enclencher
une procédure de sevrage par l'une des méthodes habituelles
(19, 22, 23, 26). Dans notre expérience et celle d'autres auteurs
(35), le sevrage du ventilateur n'est habituellement pas un problème
et peut s'effectuer rapidement. Il convient de garder le patient extubé
sous surveillance intensive jusqu'à stabilisation, et au moins
durant 24 heures. Des difficultés de sevrage se manifestant
alors que l'obstruction des voies aériennes est levée
doivent notamment faire évoquer une myopathie consécutive
à l'association corticostéroides-curarisation (voir
plus bas).
haut
de page
COMPLICATIONS
ET MORTALITE
Dans la première série d'asthmes graves ventilés
en hypoventilation contrôlée, publiée par Darioli
et Perret en 1994, le taux de complications et la mortalité
étaient considérablement inférieurs à
ceux rapportés par les études antérieures ayant
utilisé un mode ventilatoire conventionnel (15). Ces résultats
ont été ultérieurement confirmés par d'autres
groupes, ainsi que le résume le tableau
2.
Aucun des travaux cités ne donne tous les détails de
la technique ventilatoire utilisée, mais, avec une exception
(35), tous indiquent clairement avoir toléré l'acidose
respiratoire lorsqu'il le fallait pour limiter l'hyperinflation et/ou
les pressions d'insufflation.
L''instabilité hémodynamique se manifestant par une
hypotension artérielle est la complication la plus fréquemment
rapportée. Elle est susceptible de survenir à tout moment,
et notamment lors de la mise en route de la ventilation mécanique.
Le mécanisme en est le plus souvent une gêne au retour
veineux liée à l'aggravation de l'hyperinflation. Pour
s'en assurer, il convient d'interrompre brièvement (60 secondes)
la ventilation et de vérifier qu'il en résulte un regain
tensionnel, auquel cas l'attitude appropriée combinera remplissage
vasculaire et limitation supplémentaire du volume courant,
de la fréquence d'insufflation, ou des deux. Une hypotension
non réversible lors d'une apnée doit faire rechercher
un pneumothorax.
Les barotraumatismes pulmonaires représentent la deuxième
complication la plus fréquente. Il faut noter à cet
égard que la stratégie d'hypoventilation contrôlée
ne saurait founir une protection complète (25). Correctement
traités, les barotraumatismes ne constituent pas, en général,
une cause directe de mortalité hospitalière. Celle-ci
est largement inférieure à 10% dans presque toutes les
séries publiées durant la dernière décade;
elle est essentiellement liée à la présence de
lésions cérébrale anoxiques résultant
d'un arrêt cardiorespiratoire ayant précédé
l'intubation (tableau
2).
haut
de page
ACIDOSE
RESPIRATOIRE
En l'absence de pathologie concomitante, l'acidose respiratoire,
même massive, est bien tolérée et ne nécessite
aucune correction active. Ce sujet a fait l'objet d'une revue exhaustive
et ne sera pas repris ici (16). Les effets cérébrovasculaires
de l'hypercapnie méritent toutefois une mention spécifique
dans notre contexte. Premièrement, deux cas ont été
rapportés de complications touchant le système nerveux
central lors de ventilation mécanique pour asthme grave,
survenues en l'absence de toute pathologie intracrânienne
prééxistante, et dans lesquels l'hypertension intracrânienne
consécutive à l'hypercapnie massive semble avoir joué
le rôle prédominant. Il s'agissait une fois d'une tétraparésie
associée à un oedème cérébral
massif visualisé par tomodensitométrie (36), et l'autre
fois d'une hémorragie sous-arachnoïdienne (37). Les
deux patients ont survécu sans séquelle. Hormis ces
cas exceptionnels, un dilemne thérapeutique entre les nécessités
de la protection cérébrale et celles de la prévention
du barotraumatisme pulmonaire surgit lorsque existent des lésions
cérébrales anoxiques (généralement liées
à un arrêt cardio-respiratoire consécutif à
la crise d'asthme) . Dans une telle situation, et en l'absence de
toute évidence clinique de degré élevé,
l'attitude ne peut être que pragmatique. Aucune mesure simple
pour diminuer la capnie ne doit être négligée,
notamment l'abaissement au maximum de la production métabolique
de CO2 (sédation, antipyrétiques au besoin) et la
réduction autant que faire se peut de l'espace mort externe
(suppression des filtres humidificateurs au profit de cascades chauffantes).
Au delà, on peut discuter d'une relaxation prudente de la
stratégie d'hypoventilation contrôlée, ou de
l'engagement de moyens auxiliaires tels qu' épuration extracorporelle
de CO2. Un travail expérimental (38) suggère l'utilité,
dans ces circonstances, d'une correction aggressive du pH sanguin,
mais il n'existe aucune donnée clinique pour le confirmer.
Les modalités de l'alcalinisation au cous de l'acidose respiratoire
sont discutées en détail ailleurs (16). Brièvement,
il est possible d'utiliser du bicarbonate de sodium en infusion
veineuse continue lente. Dans une situation où la régulation
ventilatoire est supprimée, une administration trop rapide
peut transitoirement élever la capnie et aggraver l'acidose
du liquide céphalorachidien. Les quantités de bicarbonate
requises pour obtenir une élévation substantielle
du pH sanguin peuvent être très importantes et exposer
ainsi au risque d'une sucharge en sodium. D'autres solutés
tampons tels que la trométhamine ou le Carbicarb ne souffrent
pas, ou pas au même degré de ces désavantages,
mais l'expérience clinique avec ces agents est extrêmement
limitée.
haut
de page
SEDATION
ET CURARISATION
La stratégie d'hypoventilation contrôlée requiert
dans tous les cas une sédation profonde, pour laquelle il n'y
a pas lieu de formuler de recommandations spécifiques au contexte
de l'asthme. En particulier, les effets des différents agents
possibles sur le tonus des muscles bronchiques semble de peu d'importance,
pour deux raisons: l'administration concomitante de beta-2 stimulants
à haute dose, et l'importance des mécanismes d'obstruction
bronchique non liés à un bronchospasme (odème
pariétal, bouchon muqueux). Ainsi, l'association d'un opioïde
et d'une benzodiazépine (25, 39) n'est pas moins légitime
que l'usage du propofol (2), en dépit des effets bronchodilatateurs
possibles de ce dernier (40-42).
La synchronisation patient-machine est souvent difficile à
obtenir sans curarisation, tout particulièrement dans un contexte
d'hypercapnie aiguë. Il y a plus de 10 ans qu'on commencé
à s'accumuler les cas rapportés d'une complication particulière
de ce traitement chez les patients ventilés, sous la forme
de troubles diffus de la motricité volontaire remarqués
à l'arrêt de la curarisation, persistant de quelques
heures à quelques mois, susceptibles de toucher la musculature
respiratoire et ainsi de retarder le sevrage (43-49). Ces manifestations
apparaissent en l'absence des facteurs habituels (sepsis, défaillance
d'organes multiples) favorisant une polyneuropathie des soins intensifs.
Elles sont parfois liées à la persistance d'un bloc
neuromusculaire en raison de l'accumulation d'un métabolite
actif, notamment en présence d'une insuffisance rénale
(50, 51). Dans d'autres cas, plus fréquents, l'examen electromyographique
met en évidence une polyneuropathie motrice (52) ou, plus typiquement
encore, des signes d'atteinte myopathique confirmée par les
biopsies musculaires et par une élévation du taux plasmatique
de créatine phosphokinase (CK) (53-56). Au delà des
cas rapportés de manière anecdotique, l'information
clinique disponible sur ce syndrome consiste exclusivement en séries
observationnelles (tableau
3).
Dès lors, les mécanismes en sont incomplètement
élucidés. La très grande majorité des
cas survient suite à l'association d'un traitement par corticostéroides
et d'une curarisation par des agents non dépolarisants, combinaison
le plus souvent réalisée lors de la ventilation mécanique
pour asthme grave (tableau
3).
Pour cette raison, on suspecte une interaction délétère
entre les deux classes d'agents (51). La responsabilité directe
des curares est suggérée par l'association temporelle,
constatée dans une étude, entre administration d'un
bolus de l'agent et pic du taux plasmatique de CK (54). La dose ou
le type de corticostéroide administré ne semble pas
jouer de rôle déterminant. Le syndrome est rapporté
aussi bien avec l'atracurium, dont la structure non stéroidienne
avait un temps laissé espérer une moins grande nocivité,
qu'avec le pancuronium ou le vécuronium (tableau
3).
Hormis l'association avec un corticostéroide, les seul facteurs
de risque retrouvés de manière consistente sont la durée
ou la dose totale de curare administrés. Dans 18 des 20 cas
de myopathie observés par Leatherman et collaborateurs suite
à une ventilation mécanique pour asthme grave, la curarisation
avait été réalisée sur plus de 24 heures
(55). Dans l'étude similaire de Behbehani et collaborateurs,
la durée moyenne (±SD) de curarisation était
de 4,8±2,0 jours chez les patients qui présentaient
une myopathie, contre 2,5±2,1 jours chez ceux qui n'en présentaient
pas (p < 0.001) (56). Dans la série de Douglass et collaborateurs
finalement, la dose totale de vecuronium et sa durée d'administration
étaient respectivement de 1065± 674 mg et 5,4 ±2.0
jours en cas de myopathie ultérieure, contre 231 ± 163
mg et 1,3 ± 0.9 jours en l'absence du syndrome (53). Cette
dépendance de la dose suggère l'intérêt
préventif d'une curarisation par bolus intermittents et sous
surveillance par neurostimulateur, conformément aux recommendations
de l'American Society of Critical Care Medicine (45). On sait en effet
par des études contrôlées récentes que
ce mode de faire permet de réduire la quantité d'agent
utilisé et sa durée d'administration, en comparaison
avec une infusion continue (57), ou en l'absence de surveillance par
neurostimulateur (58).
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MOYENS
THERAPEUTIQUES D'APPOINT
En présence de difficultés ventilatoires particulières,
il est légitime de suspecter l'existence de bouchons muqueux
dans les voies aériennes. Leur élimination par bronchoscopie
éventuellement associée à l'instillation d'agents
mucolytiques a fait l'objet de quelques cas rapportés (59,
60), mais la sécurité de la manoeuvre dans ces circonstances
spécifiques est mal connue.
La kétamine est connue pour son action bronchodilatatrice qui
s'exerce probablement par plusieurs voies (effets sympathicominmétiques,
anticholinergiques, et antihistaminiques (61). Il existe plusieurs
cas rapportés d'asthme graves ventilés, rebelles au
traitement habituel, où l'adjonction de kétamine à
doses anesthésiques (62) ou infraanesthésiques (63,
64) a semblé permettre une évolution spectaculairement
favorable. Si l'on décidait d'employer cet agent, il conviendrait
de garder à l'esprit sa capacité d'accroître la
quantité de sécrétion trachéobronchiques
et d'induire une hypertension intracrânienne (61). Ce dernier
effet devrait inciter à la prudence en présence d'une
encéphalopathie anoxique.
L'installation d'un circuit de bypass veino-veineux avec épuration
extracorporelle de CO2 (ECCO2R) a permis d'abaisser à la fois
la capnie et la ventilation alvéolaire dans quelques situations
difficiles (65-69)). On peut toutefois relever (70) que dans deux
de ces cas au moins (67, 71), l'ECCO2R a été établie
alore que les réglages ventilatoires semblaient suboptimaux
(ventilation minute > 10 l/min, fréquence respiratoire =
30/min). Cette méthode requiert un support technique important
et un savoir-faire qui restreignent considérablement son application.
L'inssufflation intratrachéale de gas frais a été
proposée comme moyen de réduire l'espace mort, et ainsi
d'atténuer l'hypercapnie lors de l'hypoventilation contrôlée
dans le SDRA (72). Cette approche n'a jamais été employée
dans la ventilation des asthmes graves, où elle pourrait aggraver
l'hyperinflation dynamique (73).
La place des anesthésiques halogénés, du sulfate
de magnésium et de l'inhalation d'un mélange oxygène
hélium est discutée dans d'autres communications.
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CONCLUSION
Si l'on se base sur les règles de l'evidence-based medicine
(74), les attitudes thérapeutiques prônées dans
la présente communication ne s'appuyent pas sur des preuves
cliniques dépassant le niveau 5 (séries de cas, études
non contrôlées, opinions d'expert). La seule exception,
de niveau 4, pourrait être la série la plus récente
présentée dans le tableau
2 (2), qui fait mention d'un taux de complications inférieur
à celui de contrôles historiques ventilés selon
une stratégie de normalisation rapide de la capnie. Il faut
aussi souligner l'énorme influence exercée par les travaux
du groupe de Tuxen (14, 25) (figure
3 - figure
5),
alors même que leurs observations se sont limitées à
un nombre de patients restreint. Il apparaît peu probable que
l'évidence disponible augmente significativement dans un futur
proche. Les raisons en sont la relative rareté de l'intubation
dans l'asthme grave, le consensus qui règne actuellement sur
les règles de la technique ventilatoire à utiliser,
ainsi que leur aspect hautement rationnel, c'est à dire basé
sur un schéma théorique que rien dans les données
existantes ne contredit.
En résumé, l'intubation endotrachéale et la ventilation
mécanique sont nécessaires lorsque les malades ne répondent
pas aux traitements médicamenteux agressifs ou lorsqu'ils sont
admis à un stade avancé, en coma ou en apnée.
Ces malades ont en commun un degré important d'hyperinflation
pulmonaire due à l'obstruction bronchique et à la perte
de la force de rappel élastique pulmonaire. Dans ces conditions,
la ventilation conventionnelle fait courir les risques d'augmenter
l'hyperinflation et de produire des barotraumatismes pulmonaires,
voire une dépression circulatoire. L'objectif de l'hypoventilation
contrôlée est de réduire ces risques en diminuant
le volume courant et surtout en augmentant le temps expiratoire obtenu,
à la fois, par une diminution de la fréquence respiratoire
et une augmentation relative du débit inspiratoire. En l'absence
d'encéphalopathie anoxique concomitante, le pronostic à
court terme est très favorable.
L'hypoventilation contrôlée requière toujours
une sédation profonde, qui peut s'effectuer selon l'une des
techniques habituelles. La curarisation est souvent requise, au moins
initialement. A cet effet, tout agent non dépolarisant convient,
mais il faut l'appliquer selon un schéma en bolus, sous surveillance
par neurostimulateur, de manière à en réduire
autant que possible la dose et la durée d'administration, dans
le souci de limiter le risque de myopathie induite.
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