REACTU spéciale COVID-19

Les publications dans des revues à comité de relecture sont plus nombreuses tous les jours. Nous avons souhaité faire un tour d’horizon des publications disponibles à ce jour.

Epidémiologie

Dans la plus grande série rapportée à ce jour de 72394 patients suspects issus de la cohorte du CDC chinois [1], 44672 ont été confirmés par une PCR positive. Parmi ces patients, 2087 (5%) ont été classés en critique (nécessitant une admission en réanimation) et 6168 (14%) en sévère. La mortalité parmi les patients ayant une PCR+ était de 2,3% (1023/44672 patients) et augmentait avec l’âge (8% chez les 70-79 ans et 14,8% chez les ≥ 80 ans) et la présence de comorbidité cardiovasculaire et respiratoire. La proportion de cas sévères ou critiques chez les personnels de santé était de 14,8% (247/1668) versus 18,6% (8008/42956) chez les patients non personnels de santé. On peut par ailleurs citer les chiffres de Corée du Sud (disponible sur https://www.cdc.go.kr/board/board.es?mid=a30402000000&bid=0030&act=view&list_no=366551&tag=&nPage=1) avec une mortalité faible chez les patients jeunes : inférieure à 0,001% pour les moins de 50 ans (2 patients sur 4758 infectés) et 0,001% pour les moins de 60 ans (8 patients sur 6309 patients).

Présentation clinique et paraclinique

Dans une étude portant sur 1099 patients issus également de la cohorte chinoise [2], les symptômes les plus fréquents étaient la fièvre entre 38,1 et 39,0° (88,7% de la cohorte, mais seulement 43,8% à l’admission) et la toux (67.8% cohorte). La pneumonie survenait 3 jours en médiane après le diagnostic, ce qui semble être confirmé par une autre étude [3], dans laquelle la médiane d’apparition de la dyspnée était à 7 jours. Concernant la présentation radiologique, dans l’étude [2], il existait des anomalies de la radiographie de thorax dans 59.1% des cas. Le scanner thoracique était plus sensible, avec des anomalies chez 86.2% des patients, principalement des opacités en verre dépoli. La présentation radiologique a depuis était précisée dans une étude portant sur 81 patients : de lésions en verre dépoli possiblement unilatérales multifocales à la phase pré-symptomatique, à une atteinte diffuse bilatérale dans la première semaine suivant le début des symptômes, évoluant vers l’apparition de consolidations dans les semaines suivantes [4]. La lymphopénie était fréquente, en effet 83.2% des patients présentait un taux de lymphocytes < 1500/mm3.

Il est important de souligner l’existence de présentations particulières :

  • Myocardite : plusieurs cas cliniques ont été décrit et actuellement disponibles en accès gratuit (ces manuscrits n’ont pas fait l’objet d’une relecture) impliquant une attention particulière sur la possibilité de dysfonction cardiaque aigue [5],
  • Signes abdominaux : dans la cohorte [2], 5% des patients présentaient des nausées ou vomissements et 3.8% présentaient des diarrhées soit approximativement jusqu’à 10% des patients avec des signes digestifs.

Facteurs de risque de mortalité

Dans une étude portant sur 191 patients issus de la cohorte chinoise [3], 54 patients sont décédés. Les facteurs de risque de mortalité en analyse multivariée étaient : l’âge (1.10 [1.03–1.17), le score SOFA élevé (5.65 [2.61–12.23]) et les DDimères > 1 μg/L (18.42 [2.64–128.55]) à l’admission. La durée médiane de positivité était de 20 [17-24] jours.

Prise en charge

Les recommandations récentes SRLF/SFAR/SFMU indiquent les mesures à prendre pour le diagnostic, le traitement et la prise en charge organisationnelle en période d’épidémie/pandémie. Dans l’étude chinoise portant sur 1099 patients [2], 58% ont reçu des antibiotiques, 35.8% ont reçu de l’Oseltamivir (uniquement dans l’attente de la confirmation de la PCR : pas d’action contre le Covid19) et 18.6% des corticoïdes. Une série rétrospective sur 201 patients identifie l’administration de corticoïdes comme un facteur protecteur sur la mortalité hospitalière (mais uniquement 3% de patients sous ventilation mécanique et des traitements associés nombreux : NAC, GM-CSF…) [6]. Il n’existe actuellement que très peu de données sur la supériorité d’un traitement en particulier, mais certains traitements ont été proposés sur la base d’études in vitro ou sur la prise en charge d’épidémie antérieures : on peut citer à titre d’exemple le Remsedivir disponible après discussion auprès de Gilead (CompassionateAccess@gilead.com) ou le Kaletra® (association lopinavir/ritonavir utilisée contre le VIH), disponible plus aisément et avec une série de 18 patients et une récente étude randomisée [7; 8]. Enfin, il n’existe pas actuellement de donnée humaine sur la Chloroquine.

Dernière mise à jour : 19/03/2020