Hommage au professeur Charles Mayaud

19/08/2026
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Nous avons appris avec beaucoup de tristesse et d’émotion, le décès de Charles Mayaud qui a été Professeur de Pneumologie et Chef du Service de Pneumologie et Réanimation à l’hôpital Tenon au sein de Sorbonne Université.

Charles Mayaud a consacré l’essentiel de sa vie professionnelle à la pneumologie, à la réanimation médicale, à la recherche et à l’enseignement. Professeur des Universités – Praticien Hospitalier à l’Université Pierre-et-Marie-Curie, il a effectué l’essentiel de sa carrière à l’hôpital Tenon, où il a succédé au Pr Georges Akoun à la tête du service de Pneumologie et Réanimation en 1992, avant de devenir responsable du pôle Thorax–Voies aériennes–Anesthésie–Réanimation au sein de Sorbonne Université en 2012.  

Charles Mayaud a été l’un des témoins et acteurs des débuts de l’épidémie de SIDA en France. Dès 1982, il appartenait au premier groupe français de médecins confrontés à cette maladie encore inconnue et était coauteur dans le Lancet de l’une des premières descriptions françaises d’infections opportunistes chez un patient atteint de ce qui allait devenir le SIDA. Quelques années plus tard, il participait à des travaux majeurs d’immunopathologie pulmonaire, notamment à une publication dans Nature démontrant la présence dans le poumon de lymphocytes cytotoxiques spécifiques du VIH. Cette double approche, toujours partir du malade pour tenter ensuite de comprendre les mécanismes de sa maladie, restera une constante de son parcours.

Son expertise dans les infections pulmonaires des patients immunodéprimés l’a conduit à jouer un rôle important dans l’organisation nationale de la prise en charge du VIH. Il fut membre des groupes d’experts des rapports Dormont, puis Delfraissy et dirigea notamment, en 1996, l’atelier consacré à la prophylaxie des infections opportunistes. Il participa également à de nombreux travaux conduits sous l’égide de l’ANRS, en France comme dans les pays à ressources limitées. La pneumocystose, la tuberculose, les infections bactériennes et plus largement les complications respiratoires de l’immunodépression ont constitué pendant de nombreuses années l’un de ses principaux champs d’expertise.

Mais réduire Charles Mayaud au VIH serait oublier la diversité de ses centres d’intérêt et son ouverture aux thématiques développées par ses collaborateurs dans son service. À Tenon, il contribua au développement d’une véritable école de pneumologie et de réanimation respiratoire. Les travaux de son équipe ont porté sur les pneumonies graves, les hémoptysies menaçant le pronostic vital, les pneumopathies médicamenteuses, l’immunopathologie pulmonaire et l’oncologie thoracique dont il a eu la vision qu’elle serait un jour un enjeu stratégique majeur de la pneumologie moderne. Il sut favoriser les collaborations entre pneumologues, réanimateurs, radiologues, microbiologistes, anatomopathologistes et chercheurs, convaincu que les progrès médicaux naissent le plus souvent du décloisonnement des disciplines et du concept de réunions multidisciplinaires avant l’heure.

Il fut également très impliqué dans la vie collective de la pneumologie française, au sein notamment de la Société de Pneumologie de Langue Française et de la Société de Réanimation de Langue Française. Il défendit avec conviction la place de la réanimation respiratoire au sein de la pneumologie et participa activement à l’enseignement postuniversitaire. Tous ceux qui ont assisté à ses enseignements se souviennent de son souci de transmettre une médecine fondée à la fois sur les données scientifiques, l’expérience clinique et le raisonnement au lit du malade. Il avait un extraordinaire pouvoir de captiver son auditoire et de le rendre participatif.  

Une autre partie essentielle de sa vie professionnelle fut consacrée à la coopération internationale. Dès les années 1990, Charles Mayaud s’engagea particulièrement au Cambodge, d’abord dans le cadre de l’Organisation Franco-Cambodgienne de Pneumologie, puis de Soutien Pneumologique International. Il contribua à la formation de générations de pneumologues cambodgiens, au développement du DES de pneumologie au Cambodge, à la structuration des services hospitaliers et au partenariat entre l’hôpital Tenon et l’Hôpital de l’Amitié Khméro-Soviétique de Phnom Penh. Il participa également à plusieurs grands programmes de recherche clinique, dont Pneumokam et CAMELIA. Ce dernier essai, consacré au moment optimal d’introduction des antirétroviraux chez les patients co-infectés par le VIH et la tuberculose, aura un retentissement international et modifiera les pratiques.

Cette activité au Cambodge résume sans doute particulièrement bien sa conception de la médecine. Il ne s’agissait pas pour lui seulement d’apporter ponctuellement des soins, mais de transmettre des compétences, de former des médecins, de construire des équipes autonomes et, lorsque cela était possible, de produire avec elles une recherche de haut niveau directement utile aux patients.

Ce que l’on retiendra certainement de Charles Mayaud est cette association assez rare d’une immense culture médicale, d’une curiosité scientifique jamais démentie et d’un goût profond pour la transmission. Il appartenait à cette génération de grands cliniciens universitaires pour lesquels le soin, la recherche et l’enseignement ne constituaient pas trois activités séparées mais trois dimensions d’un même métier. À Tenon comme au Cambodge, auprès de ses patients comme de ses élèves, il aura consacré sa carrière à soigner, comprendre, transmettre et construire.

Il a profondément marqué plusieurs générations de pneumologues, de réanimateurs, mais aussi d’infectiologues, d’internistes et de médecins de toutes spécialités, y compris en médecine générale, par son “Intelligence Admirable“ face à la complexité d’un malade. Il n’a jamais cessé de léguer la “méthode Mayaud“ à tous ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin.  

Enfin, il ne faudra jamais oublier sa simplicité, son bonheur de participer à des moments de convivialités inoubliables dans le service où il faisait pour chaque personne à fêter un discours merveilleux qui tenait chacun d’entre nous entre l’émotion et l’hilarité. Quelle joie d’avoir été alors à ses côtés !  

En cette période difficile, nos pensées se tournent vers son épouse Anne Mayaud, ses trois enfants Laurent, Séverine et Marie-Christine, ses petits-enfants et son frère Guy. Ils étaient toutes et tous présents autour de lui ces dernières semaines. Il est resté conscient et serein jusqu’à la fin pour nous et les siens.  

La cérémonie religieuse aura lieu en l'église de la Trinité, 35 place de l’Europe à Bordeaux, le samedi 22 août 2026 à 9h. Un moment de convivialité sera ensuite partagé avec la famille.  

Paris le 17 aout 2026,  

Jacques Cadranel et Tous les élèves de Charles Mayaud