Choc septique sur pyélonéphrite aiguë obstructive : drainage urgent !

10/07/2026
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Gabarre P, Dumas G, Raymond M, Ledoux G, Meunier J, Lavillegrand JR, Blaise T, Thiry I, Le Breton C, Gele-Decaudin G, Joffre J, Maury E, Gaudry S, Voiriot G, De Prost N, Guitton C, Préau S, Canet E, Ait-Oufella H. Obstructive pyelonephritis in intensive care units: A retrospective multicenter study. J Crit Care. 2026 Feb;91:155341. doi: 10.1016/j.jcrc.2025.155341. Epub 2025 Nov 12. PMID: 41232290.

Texte
Question évaluée : 

Quelle est la mortalité des patients admis en réanimation pour pyélonéphrite aiguë obstructive ? Quels sont les facteurs associés à la mortalité et quel est l’impact du délai de drainage urinaire sur la mortalité dans cette pathologie ?

Type d’étude : 

Étude observationnelle rétrospective multicentrique (8 centres français).

Population étudiée : 

Les patients étaient inclus s’ils étaient admis en réanimation avec un diagnostic de sepsis sur infection urinaire associé à une obstruction radiologique. La période d’inclusion s’étale de 2013 à 2022 soit 10 ans (étiologies variées : calculs, cancer, sondes urétérales bouchées).

Méthode :
  • Analyse descriptive selon pronostic hospitalier (critère principal : mortalité intra-hospitalière) 

  • Modélisation multivariée avec effets centre 

  • Analyse spécifique du délai de drainage urinaire 

Résultats essentiels :

483 patients adultes ont été inclus. Les défaillances d’organes les plus fréquentes étaient hémodynamiques et respiratoires :

  • vasopresseurs : 70 %

  • lactate > 2 mmol/L : 50 %

  • ventilation mécanique : 23 %

La description des résultats microbiologiques met en évidence la prédominance d’E. coli (63 %). Les hémocultures étaient positives chez 68 % des patients (E-BLSE 11%).

Le drainage des voies urinaires (71% par pose de sondes urétérales JJ) avait lieu :

  • Avant l’admission : 43 % des patients

  • <6 h : 28 %

  • >6 h : 29 %

La mortalité hospitalière était de 15 % et les facteurs indépendants associés à celle-ci étaient :

  • recours aux vasopresseurs (OR 3,27)

  • ventilation mécanique (OR 2,49)

  • lactate (OR 1,18 par mmol/L)

  • obstruction tumorale (OR 4,78)

  • obstruction de sonde urétérale (OR 3,38)

Il n’y avait pas d’association globale entre le délai de drainage et la mortalité. Il y avait par contre une augmentation du risque de décès si le drainage était réalisé >12 h chez les patients sous vasopresseurs (OR ≈ 2,4).

Enfin, un effet centre était observé avec un bénéfice sur le pronostic qu’un urologue soit présent 24h/24 et 7j/7.

Commentaires :

Cette étude constitue la plus large cohorte en réanimation consacrée à la pyélonéphrite aiguë obstructive, pathologie à la croisée des disciplines de l’urologie et de la réanimation, dont la gravité est souvent sous-estimée.

Elle confirme que cette entité est une infection sévère à haut risque de défaillance d’organes, avec une mortalité non négligeable (15 %), bien que moindre que dans d’autres sources septiques [1-3].

L’apport majeur de ce travail concerne la hiérarchisation des déterminants pronostiques :

  • d’une part, les marqueurs classiques de gravité du choc septique (vasopresseurs, ventilation, lactate) [3],

  • d’autre part, des éléments spécifiques à la pathologie urologique (étiologie tumorale ou obstruction de sonde).

L’étiologie de l’obstruction était déjà connue pour influencer le pronostic, notamment la récupération de la fonction rénale, et cette étude montre désormais son impact sur la mortalité des patients admis en réanimation [4,5].

Le résultat le plus intéressant concerne le timing du drainage. Contrairement à une vision simpliste d’un effet universel du délai, les auteurs montrent une interaction avec la gravité :

  • absence d’effet global

  • effet délétère significatif chez les patients sous vasopresseurs

Cela suggère que le drainage est un levier thérapeutique critique dans les formes les plus graves, s’inscrivant dans la logique du contrôle de foyer du sepsis.

Enfin, l’impact organisationnel (disponibilité d’un urologue) souligne que le pronostic dépend aussi de facteurs systémiques et structurels.

Points forts :
  • Plus grande cohorte en réanimation sur ce sujet

  • Données multicentriques françaises, représentatives

  • Analyse robuste avec modèle multivarié et effet centre

  • Approche pragmatique du timing du drainage

  • Identification de facteurs pronostiques spécifiques (étiologie)

Points faibles :
  • Design rétrospectif (biais de confusion résiduelle)

  • Hétérogénéité des pratiques entre centres

  • Données sur les modalités des techniques de drainage limitées

  • Évolution des pratiques sur 10 ans non totalement contrôlée

Conclusions :

La pyélonéphrite aiguë obstructive en réanimation est une urgence nécessitant une prise en charge multidisciplinaire médico-chirurgicale. 

Cette étude suggère que :

  • le pronostic est dominé par la gravité initiale du sepsis

  • certaines étiologies (tumeur, sonde urétérale bouchée) aggravent le risque

  • le drainage précoce doit être priorisé chez les patients en choc septique

Implications :

Sur le plan organisationnel, cette étude plaide pour :

  • un accès rapide à un drainage urologique 24/7

  • une orientation préférentielle vers des centres disposant d’une permanence urologique

Ces résultats renforcent le concept de « source control », où l’urgence du geste dépend du profil de gravité du patient comme l’avait suggéré plusieurs travaux récents [6,7].


Références cités dans les commentaires:

  1. Leligdowicz A, Dodek PM, Norena M, et al. Association Between Source of Infection and Hospital Mortality in Patients Who Have Septic Shock. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. 2014.

  2. Pieroni M, Olier I, Ortega-Martorell S, et al. In-Hospital Mortality of Sepsis Differs Depending on the Origin of Infection: An Investigation of Predisposing Factors. Frontiers in Medicine. 2022.

  3. Jung RG, Gupta A, Stotts C, et al. Prognostic Factors Associated With Mortality in Septic Shock: A Systematic Review and Meta-Analysis. The Lancet. Respiratory Medicine. 2026. 

  4. Yang J, Sun BG, Min HJ, et al. Impact of Acute Kidney Injury on Long-Term Adverse Outcomes in Obstructive Uropathy. Scientific Reports. 2021.

  5. Lee EH, Kim SH, Shin JH, et al. Effects on Renal Outcome of Concomitant Acute Pyelonephritis, Acute Kidney Injury and Obstruction Duration in Obstructive Uropathy by Urolithiasis: A Retrospective Cohort Study. BMJ Open. 2019.

  6. Rüddel H, Thomas-Rüddel DO, Reinhart K, et al. Adverse Effects of Delayed Antimicrobial Treatment and Surgical Source Control in Adults With Sepsis: Results of a Planned Secondary Analysis of a Cluster-Randomized Controlled Trial. Critical Care. 2022.

  7. Reitz KM, Kennedy J, Li SR, et al. Association Between Time to Source Control in Sepsis and 90-Day Mortality. JAMA Surgery. 2022. 

Texte

Commenté par Romaric Larcher, Service des Maladies Infectieuses, CHU de Nîmes et Réanimation, Clinique du Parc, Montpellier Métropole, France. 

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Texte

S. BOURCIER (Secrétaire)
A.CAILLET
C. DUPUIS
N. FAGE
G. FOSSAT
A. GAILLET
S. GENDREAU
A. HAMELIN
N. HIMER
N. LAYIOS
O. LESIEUR
M. THY