Burns KEA, Huszti E, Li Q, Herridge MS; Canadian Recover Program, the Canadian Critical Care Trials Group. Sex, time, and disability status differences in mortality, multidimensional morbidity, and health care utilization: a secondary analysis of the Canadian RECOVER study. Intensive Care Med. 2026 Feb;52(2):230-239. doi: 10.1007/s00134-025-08267-4. Epub 2026 Jan 22. PMID: 41569339.
Question évaluée :
Le sexe influence-t-il la mortalité, la récupération fonctionnelle, les troubles psychiques et le recours aux soins après un séjour prolongé en réanimation ?
Type d’étude :
Analyse secondaire prospective multicentrique de la cohorte Canadienne RECOVER.
Population étudiée :
Patient.es âgé.es de plus de 16 ans ayant nécessité une ventilation mécanique invasive pendant plus de 7 jours dans 9 centres universitaires entre 2007 et 2014.
Méthode :
Les auteurs ont analysé longitudinalement les données des survivants d’un séjour prolongé en réanimation en réanimation issus de la cohorte RECOVER. Les patients ont été évalués à J7 puis 3, 6 et 12 mois après la sortie de réanimation.
Les critères étudiés comprenaient :
L’autonomie fonctionnelle via le score FIM (Functional Independence Measure).
Les symptômes dépressifs via le BDI I-II.
Les symptômes de stress post traumatique via l’IES-R.
Les réadmissions hospitalières et la mortalité à un an.
Les analyses ont été ajustées sur les comorbidités, les traitements et la gravité initiale (APACHE II, MODS).
Résultats essentiels :
Parmi les 463 inclus, 185 étaient des femmes (40%) et 278 des hommes (60%).
La mortalité en réanimation était plus élevée chez les hommes (16.2% versus 10,8% ; OR 1.8 [1,1-3,1], p = 0,03). Cette différence persistait après ajustement selon les scores de gravités et les comorbidités.
Chez les survivants, les hommes présentaient une meilleure récupération fonctionnelle avec des scores FIM significativement plus élevés au cours du suivi. Après ajustement, le sexe masculin était associé à une augmentation moyenne de 6,2 points du score FIM.
Les femmes rapportaient davantage de symptômes anxiodépressifs et post traumatique après la réanimation :
Scores de dépression (BDI-II) significativement plus élevés à 3 mois [12.50 (7.0,18.0) vs 9.0 (5.3,14.8) ; p=0,036], 6 mois [11.8 (6.0,17.8) vs 7.2 (3.0,14.0) ; p=0,009 ] et 12 mois [10.0 (4.0,19) vs 11 (3.0,26.3) ; p=0.036].
Risque accru de dépression sévère.
Symptômes de stress post-traumatique plus important à 3 mois [19.0 (8.25,29.5) vs 11.0 (3.0, 26.3) ; p=0.036].
Concernant le recours aux soins, les réadmissions étaient similaires entre les sexes, mais les orientations différaient : les hommes étaient d’avantage adressés en cardiologie, chirurgie ou rééducation, tandis que les femmes consultaient plus fréquemment en rhumatologie ou néphrologie.
Commentaires :
Cette étude met en évidence des différences importantes selon le sexe dans le devenir après un séjour prolongé en réanimation. Alors que les hommes présentent une mortalité initiale plus élevée, les femmes survivantes semblent exposées à une récupération fonctionnelle plus longue ainsi qu’un retentissement psychologique plus marqué.
Ces résultats rejoignent des données croissantes montrant que le syndrome post-réanimation (PICS) n’est pas vécu de manière homogène selon le sexe. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces écarts : différences biologiques, facteurs hormonaux, mais aussi déterminants sociaux et inégalités d’accès aux soins de réadaptation.
Le poids des facteurs psychosociaux apparaît majeur. Le sexe féminin constitue déjà un facteur reconnu de dépression et de syndrome post-traumatique après un séjour en soins critiques. Les conséquences familiales, professionnelles et sociales d’une maladie grave pourraient également être vécues différemment selon le genre.
Cette étude souligne également l’importance d’intégrer une approche sexo-spécifique dans le suivi post-réanimation. Les consultations de suivi pourraient bénéficier d’un dépistage renforcé des troubles psychologiques et des limitations fonctionnelles chez les patientes survivantes.
Enfin, les différences observées dans les orientations spécialisées interrogent de possibles biais dans les parcours de soins après la réanimation.
Points forts :
Large cohorte multicentrique prospective.
Suivi longitudinal jusqu’à un an.
Évaluation multidimensionnelle : autonomie, santé mentale, mortalité et recours aux soins.
Analyse ajustée sur la gravité initiale et les comorbidités.
Points faibles :
Analyse secondaire exposée à des biais de confusion résiduels.
Absence de données socio-économiques et de genre.
Centres exclusivement universitaires limitant la généralisation des résultats.
Perdus de vue importants au cours du suivi longitudinal.
Implications et conclusions :
Cette étude confirme que les trajectoires de récupération après un séjour prolongé en réanimation diffèrent selon le genre. Les femmes survivantes présentent davantage de limitations fonctionnelles et de troubles psychiques persistants malgré une mortalité initiale plus faible.
Ces données plaident pour une meilleure prise en compte du sexe dans l’évaluation du syndrome post-réanimation, tant dans la recherche que dans le parcours de soins. Une approche personnalisée du suivi post-réanimation pourrait permettre d’améliorer la qualité de vie et la récupération des patientes survivantes.
Références citées dans les commentaires :
1. Merdji H, et al. Intensive Care Med.2003;49:1155-1167.
2. Modra LJ et al. Am J Respir Crit Care Med.2002;206:1353-1360.
3. Hollinger A et al. Ann Intensive Care.2019;9:43.
4. Hessey E et al. J Intensive Care.2020;8:75.
5. Lee M et al. Aust Crit Care.2020;33:287-294.
6. Herridge MS et al. N Engl J Med. 2003;348:683-693.
Commenté par : Héla Mâamouri, Médecine Intensive Réanimation CH Rambouillet, France.
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