Sepsis transmis par les animaux domestiques : attention, chien (et chat) méchant !

Image
image
Texte

Quintin J, Le Thuaut A, Plouvier F, Zerbib Y, Sirodot M, Sedillot N, de Longeaux K, Le Meur A, Souweine B, Quenot JP, Lacherade JC, Noublanche J, Landais M, Thevenin D, Nseir S, Lafon T, Vanderlinden T, Smonig R, Argaud L, Chauvelot L, Dubois M, Larcher R, Berteau F, Dellamonica J, Barbar S, Serie M, Kamel T, Jacobs F, De Prost N, Devaquet J, Heming N, Pineton De Chambrun M, Michel P, Djibre M, Ferre A, Picard W, Pinceaux K, Tamion F, Legay F, Jonas M, Curtiaud A, Ehrmann S, Huntzinger J, Cracco C, Schortgen F, Letocart P, Reignier J. Characteristics and outcomes of ICU patients with sepsis transmitted by cats and dogs: the PETSEPSIS multicentre retrospective observational cohort study. Crit Care. 2025 Jul 22;29(1):315. doi: 10.1186/s13054-025-05558-6. PMID: 40696484; PMCID: PMC12281674.

Texte
Question évaluée :

Evaluer et documenter les caractéristiques, les symptômes cliniques et les facteurs prédictifs de mortalité chez les patients hospitalisés en services de réanimation pour des infections associées aux chats et aux chiens. 

Type d’étude :

Etude rétrospective multicentrique analysant les dossiers médicaux des patients hospitalisés dans 46 services de réanimation français entre 2009 et 2019. 

Population étudiée :

Patients admis en réanimation pour des infections transmises ou fortement suspectées d’être transmises par les chats ou les chiens. 

Méthode :

Analyse descriptive d’une cohorte de patients sélectionnés soit à partir des données de codage indiquant une morsure de chat ou de chien, une bartonellose, une tularémie ou une pasteurellose, soit en interrogeant les données des laboratoires de bactériologie (isolement de Pasteurella spp., Bartonella spp., Francisella tularensis, ou Capnocytophaga spp).

Analyse multivariée des facteurs de risque de mortalité hospitalière. 

Résultats essentiels :

La population de l’étude comprend 174 patients dont 58% d’hommes, avec un âge médian de 64 ans ; 63% des patients avaient au moins une comorbidité, dont 22% une cirrhose, 17% un cancer ou une immunodépression, 17% un diabète et 4% une splénectomie. 

Les patients présentaient un sepsis à leur arrivée en réanimation dans 49% des cas, 32% avaient une défaillance respiratoire, 31% une défaillance rénale. Une fièvre était observée dans 60% des cas. L’antibiothérapie administrée initialement était active vis-à-vis du pathogène identifié dans 85% des cas. 

Une bactérie était isolée dans 93% des cas ; Pasteurella spp. était le germe le plus fréquemment retrouvé (n = 119, 68% de l’ensemble des patients), suivi par Capnocytophaga spp. (n = 28, 16,1%), Bartonella spp. (n = 7, 4%) et Francisella tularensis (n = 3, 2%) ; Aeromonas hydrophila, Aeromonas veronii, Streptococcus sp. et Staphylococcus sp. étaient chacun retrouvés chez 1 patient. L’identification du germe responsable était réalisée sur des hémocultures (48,5%), prélèvements respiratoires divers (29,8%) et prélèvements infectieux profonds (biopsies, abcès, prélèvements opératoires) (13,5%). Le taux de bactériémie était de 50% pour Pasteurella, 71% pour Capnocytophaga, 14% (1/7) pour Bartonella

Seulement la moitié des patients (52%) rapportaient une morsure ou un léchage récent par un chat ou un chien ; cette proportion était de 43% en cas d’infection à Pasteurella, 68% pour Capnocytophaga, 43% pour Bartonella et 0% pour F. tularensis.

Les principales complications survenues en réanimation étaient l’insuffisance rénale aiguë (46,5%), la dermo-hypodermite (33,7%) et la pneumonie (33,3%) ; 40 patients (23%) ont dû être opérés, et 6 (4%, dont 3 patients infectés par Capnocytophaga) ont subi une amputation. Le taux de mortalité en réanimation était de 18% (27/119 [23%] pour Pasteurella, 3/28 [11%] pour Capnocytophaga, 1/7 pour Bartonella et 1/3 pour F. tularensis).

La durée médiane d’hospitalisation en réanimation était de 7 jours.

Les facteurs indépendants de mortalité identifiés chez ces patients étaient l’âge, le tabagisme, la cirrhose, l’insuffisance rénale chronique et l’anémie.La bactérie identifiée et l’antibiothérapie initiale n’étaient pas identifiées comme associées à la mortalité en analyse multivariée, mais les effectifs étaient faibles. 

Commentaires :

En 2024, selon les données du fichier national des chiens, des chats et des furets (I-CAD) rapportées par la Fédération des fabricants d’aliments pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers (FACCO), on comptait en France 16,6 millions de chats et 9,9 millions de chiens, des chiffres en hausse constante depuis 1975 (1). La proximité avec ces animaux expose à différents risques infectieux, dont une minorité peut être grave. Dans ce contexte, les résultats de l’étude PETSEPSIS sont utiles aux urgentistes et réanimateurs. 

La répartition des agents infectieux retrouvés dans PETSEPSIS est conforme à ce que l’on pouvait attendre étant donné le microbiote buccal des animaux considérés. Une étude menée aux USA dans les années 1990 chez 107 patients consultant aux urgences après une morsure de chat ou chien retrouvait une prédominance de Pasteurella spp., Pasteurella canis pour les chiens (50% des morsures canines) et Pasteurella multocida et septica pour les chats (75% des morsures félines) (2)

Étonnamment, la moitié des patients de l’étude PETSEPSIS ne rapportaient ni morsure ni léchage récent par un animal. Cela tient aux modalités de screening des patients, qui permettaient l’inclusion sur la base de données microbiologiques (isolement de Pasteurella, Capnocytophaga, Bartonella ou F. tularensis). Or, ces bactéries ne sont pas uniquement retrouvées dans la gueule des animaux domestiques (présence de Pasteurella spp. chez d’autres animaux, de F. tularensis dans l’eau et la terre…) (3,4). De plus, l’inoculation peut vraisemblablement se faire par d’autres mécanismes (piqure d’arthropodes pour les bartonelloses ou la tularémie, contact indirect avec des animaux (5,6)…). On ne peut donc pas exclure une infection due à ces bactéries chez un patient qui ne rapporte ni griffure, ni morsure. 

L’étude décrit une grande diversité des infections dues à ces germes, tant dans leur terrain que dans leur présentation ou leur gravité. Concernant le terrain, on peut remarquer que les patients atteints d’infection à Pasteurella paraissent plus comorbides (71% ont au moins une comorbidité, contre 43% pour Capnocytophaga).

On retrouvait bien le tropisme particulier de cette dernière vis-à-vis des patients aspléniques : 5 des 6 patients splénectomisés étaient infectés par une espèce du genre Capnocytophaga(7) 

Parmi les résultats inattendus, on note la fréquence des pneumonies à Pasteurella (46 patients) et la présence de Capnocytophaga dans le LCS de 6 patients. 

Les résultats de PETSEPSIS ne permettent pas d’identifier un germe indépendamment associé à la mortalité. Cependant, les effectifs étaient faibles et l’antibiothérapie initiale adaptée dans 85% des cas. 

Points forts :

L’étude PETSEPSIS vient apporter des données épidémiologiques bienvenues sur les infections liées à ces animaux de compagnie nécessitant une hospitalisation en réanimation. Ces données étant récentes et issues de réanimations françaises, elles sont utiles pour aider à choisir une antibiothérapie empirique dans cette situation. 

La description clinique et microbiologique des cas, stratifiée selon le germe responsable, permet de se faire une idée précise de ces infections qui restent rares (174 patients sur 10 ans dans 46 réanimations). 

Points faibles :

L’étude est rétrospective entrainant un risque de données manquantes, d’erreurs de codages pouvant conduire à une non-inclusion de patients réellement infectés. 

Les auteurs reconnaissent aussi des différences de stratégies diagnostiques entre les centres. 

L’inclusion de patients sur la base de données microbiologique uniquement brouille le message. Il est probable qu’une partie importante de ces patients ne se soient pas infectés au contact de chats ou de chiens (en particulier les patients infectés par F. tularensis, germe plutôt associé au contact avec les lagomorphes ou l’exposition au milieu naturel (8)), en désaccord avec le titre et l’objectif de l’étude. 

Enfin, l’analyse multivariée porte sur un nombre relativement faible d’événements, ce qui ne permet pas de s’assurer de la solidité des conclusions, notamment sur le lien entre le germe et les complications. 

Implications et conclusions :

Cette étude documente les caractéristiques des patients hospitalisés en service de réanimation pour des infections graves transmises par les chats et les chiens, et identifie des facteurs prédictifs de mortalité chez ces patients. 

Elle apporte des données intéressantes sur le terrain, la microbiologie et le pronostic des patients, permettant de guider leur prise en charge initiale et après documentation microbiologique. 


Références cités dans les commentaires :

  1. RAPPORT-ACTIVITE-FACCO-2024.pdf [Internet]. [cité 5 déc 2025]. Disponible sur: https://www.facco.fr/wp-content/uploads/2024/05/RAPPORT-ACTIVITE-FACCO-2024.pdf
  2. Talan DA, Citron DM, Abrahamian FM, Moran GJ, Goldstein EJ. Bacteriologic analysis of infected dog and cat bites. Emergency Medicine Animal Bite Infection Study Group. N Engl J Med. 14 janv 1999;340(2):85‑92.
  3. Rijks JM, Tulen AD, Notermans DW, Reubsaet FAG, de Vries MC, Koene MGJ, et al. Tularemia Transmission to Humans, the Netherlands, 2011-2021. Emerg Infect Dis. avr 2022;28(4):883‑5.
  4. Wilson BA, Ho M. Pasteurella multocida: from zoonosis to cellular microbiology. Clin Microbiol Rev. juill 2013;26(3):631‑55.
  5. Kannangara DW, Pandya D, Patel P. Pasteurella multocida Infections with Unusual Modes of Transmission from Animals to Humans: A Study of 79 Cases with 34 Nonbite Transmissions. Vector Borne Zoonotic Dis. sept 2020;20(9):637‑51.
  6. Boodman C, Gupta N, van Griensven J, Van Bortel W. Bartonella quintana detection among arthropods and their hosts: a systematic review and meta-analysis. Parasit Vectors. 2 août 2024;17(1):328.
  7. Hästbacka J, Hynninen M, Kolho E. Capnocytophaga canimorsus bacteremia: clinical features and outcomes from a Helsinki ICU cohort. Acta Anaesthesiol Scand. nov 2016;60(10):1437‑43.
  8. Castro-Scholten S, García-Bocanegra I, Rejón-Segura S, Cano-Terriza D, Jiménez-Martín D, Rouco C, et al. Francisella tularensis in Wild Lagomorphs in Southern Spain’s Mediterranean Ecosystems. Animals (Basel). 23 nov 2024;14(23):3376. 

CONFLIT D'INTÉRÊTS

Commenté par Volodia MALLET et Vincent DUBEE, service de maladies infectieuses et tropicales du CHU d’Angers.

Le contenu des fiches REACTU traduit la position de leurs auteurs, mais n’engage ni la CERC ni la SRLF.

Voir les déclarations de conflits d'intérêt (titre cliquable): Volodia MALLET et Vincent DUBÉE

Envoyez vos commentaires/réactions à volodia.mallet@chu-angers.fr. et à la CERC.


CERC

G. LABRO (Secrétaire)
S. BOURCIER
A. BRUYNEEL
A.CAILLET
C. DUPUIS
N. FAGE
JP. FRAT
G. FOSSAT
A. GAILLET
S. GENDREAU
S. GOURSAUD
N. HIMER
O. LESIEUR
A. ROUZÉ
M. THY